Accessibilité d'une boutique en ligne : ce que dit la loi européenne
Depuis juin 2025, une directive européenne impose des exigences d'accessibilité aux sites de commerce électronique. Beaucoup de marchands l'ignorent encore. Voici qui est concerné, ce qui est demandé, et par quoi commencer.
De quoi parle-t-on
L'accessibilité numérique, c'est le fait qu'un site puisse être utilisé par tout le monde, y compris par des personnes en situation de handicap. Une personne aveugle qui navigue avec un lecteur d'écran, une personne malvoyante qui a besoin de contrastes suffisants, une personne qui ne peut pas se servir d'une souris et navigue au clavier.
Le sujet paraît lointain jusqu'à ce qu'on regarde les chiffres : selon l'Organisation mondiale de la santé, environ une personne sur six vit avec une forme de handicap. Sur une boutique, cela représente une part de clientèle qui ne peut pas commander.
Le texte : l'European Accessibility Act
La directive européenne 2019/882, dite European Accessibility Act, est applicable depuis le 28 juin 2025. Elle couvre plusieurs services, dont explicitement le commerce électronique.
En France, elle a été transposée dans le droit national. Le référentiel technique de référence reste le RGAA, le référentiel général d'amélioration de l'accessibilité, qui traduit et précise la norme internationale WCAG.
Qui est concerné
Les seuils diffèrent selon le texte que l'on regarde, ce qui explique une partie de la confusion ambiante.
| Texte | Qui est concerné |
|---|---|
| European Accessibility Act | Les entreprises fournissant un service de commerce électronique aux consommateurs, au-delà du seuil de la micro-entreprise, soit environ 10 salariés ou 2 millions d'euros de chiffre d'affaires |
| Article 47 de la loi de 2005 | Le secteur public, et les entreprises dont le chiffre d'affaires en France dépasse 250 millions d'euros |
Pour une boutique en ligne de taille moyenne, c'est donc l'European Accessibility Act qui s'applique, avec un seuil beaucoup plus bas que celui souvent cité.
Ce qui est concrètement exigé
La norme de référence est le WCAG 2.1 niveau AA. Elle se décline en une centaine de critères, mais les défauts les plus fréquents sur une boutique se comptent sur les doigts d'une main.
Les images sans description
Une photo de produit sans texte alternatif est annoncée « image » par un lecteur d'écran. Pour une personne aveugle, l'information est simplement perdue.
Le contraste insuffisant
Du texte gris clair sur fond blanc peut sembler élégant. Il est illisible pour une personne malvoyante, et pour tout le monde en plein soleil sur un téléphone. C'est le défaut le plus répandu du web.
La navigation au clavier
Un menu qui ne s'ouvre qu'au survol de la souris, un sélecteur de taille inatteignable à la touche Tabulation, une fenêtre surgissante impossible à fermer : autant de blocages complets pour qui n'utilise pas de souris.
Les formulaires sans étiquette
Un champ dont le nom n'apparaît qu'en gris à l'intérieur disparaît dès qu'on saisit. Sur un formulaire de commande, c'est une vente perdue.
La déclaration d'accessibilité
Au-delà des corrections techniques, la réglementation impose de publier une déclaration d'accessibilité. Son format est défini par le RGAA et comporte sept rubriques : l'état de conformité, le taux mesuré, la liste des contenus non accessibles, les moyens de signalement, les voies de recours, un contact, et la mention du Défenseur des droits.
Attention à un piège. Publier une déclaration annonçant un état de conformité qui n'a pas été réellement audité expose à une sanction en cas de contrôle. Mieux vaut déclarer honnêtement une non-conformité et un plan d'action qu'annoncer une conformité invérifiable.
Ce qu'un outil automatique peut, et ne peut pas
Une analyse automatique détecte une partie des problèmes : les images sans texte alternatif, les contrastes insuffisants, les boutons sans nom, les erreurs de structure. C'est utile, rapide, et cela donne une première photographie.
Mais une machine ne sait pas juger si un texte alternatif est pertinent, si l'ordre de navigation est logique, ou si des sous-titres sont fidèles. Les professionnels du secteur estiment généralement qu'entre un quart et deux cinquièmes des critères sont vérifiables automatiquement. Le reste demande un œil humain.
Méfiez-vous en conséquence de tout outil qui promet une conformité automatique. En 2025, l'autorité américaine de la concurrence a infligé une amende d'un million de dollars à un éditeur de widget d'accessibilité pour avoir affirmé que son outil rendait n'importe quel site conforme.
Par quoi commencer
- Faire un état des lieux automatique, pour connaître les défauts les plus visibles et leur ampleur.
- Distinguer ce qui vient de votre contenu, que vous pouvez corriger vous-même, de ce qui vient de votre thème ou d'une application installée.
- Traiter les défauts qui se répètent sur toutes les pages : un seul correctif de thème vaut souvent des dizaines de corrections isolées.
- Compléter par les vérifications manuelles, notamment la navigation au clavier, qui se teste en quelques minutes.
- Rédiger la déclaration d'accessibilité une fois l'audit fait.
Accessia analyse les pages publiques d'une boutique Shopify, explique chaque problème en français, et indique s'il provient du contenu, du thème ou d'une application tierce.